ÉCRITURE

RÊVE D’ ÉCRITURE


J’ai écouté le vent qui courbait les bruyères

M’invitant à le suivre, à sortir du présent.

J’ai vu des aubes d’or, des couchants éphémères

Où des elfes dansaient sur des airs envoûtants.


J’ai trouvé MONTESSOR en haut de la colline

Avec ses chevaliers, ses gens et sa légende.

En voulant y entrer, j’ai été la victime

Sitôt mes premiers pas d’un bel enchantement.


Et les mots sont venus, et le conte s’écrivait

La plume dans ma main soudain était docile

Les phrases s’allongeaient, les pages se tournaient ;

L’aventure était là, elle était mon idylle.



LES MOTS


Écrire dans l’urgence,

                        Sinon les mots s’envolent.

Les faire prisonniers,

                        Les tenir les contraindre

Les coucher dans un lit

                        De rimes et de jeunesse

Leur donner le pouvoir

                       De vivre longuement

D’être par d’autres yeux

                       Parcourus, ressentis

Devenir des chansons

                        Des pensées, des souffrances

Tels de frileux oiseaux

                        Les prendre dans sa main

Les vivre, les humer,

                        En faire des joies, des plaintes

Compagnons d’une vie

                        Se les assujettir

Et quelque fois au feu

                        Les jeter, les éteindre

Comme de vieux sorciers

                        Que l’on a condamnés.



Écrire… Pourquoi ?


C’est l’ennui, c’est le gris

     Les routes sont désertes

Pas une âme au dehors.
    Chacun tapi chez soi

Du printemps revenu

    Espère les lilas.

Que les journées sont longues,

    Et noires et tristes et froides !

Les nuages au ciel

    Semblent être le couvercle

De l’immense poubelle

    Que la terre reflète.

Dans quoi trouver l’oubli ?

    Même les livres sont lourds !

Même la peinture colle !

    Seule la plume s’envole.

C’est elle qui troue la chape,

    C’est elle qui illumine.

Dessus le papier blanc,

    Elle égrène les rimes.

Elle court, leste et vive,

    Elle abolit le temps.

Allègre un court moment,

    Elle se laisse aller

Elle conte fleurette.

    Et du jour gris et froid,

Elle fait une fête.

    Puis soudain elle freine,

Elle hésite, elle renâcle.

    Elle reste suspendue.
Et, dans le clair obscur,

    Doucement, elle se tue.