HOMMAGE

Hommage à MONET


Quelle est donc cette femme en haut sur la colline?

Que fait- elle  tournée ainsi vers les lointains?

Quel espoir attend- elle de tout son corps tendu,

Oubliant le petit dont les yeux noirs s’embuent?


Le vent en l’effleurant, a caressé sa robe.

A-t-il aussi plié les herbes du chemin

A-t-il levé son voile et écarté toute ombre

Pour qu’enfin son regard puisse porter au loin?


Ou plutôt amoureux de la belle demoiselle,

A-t-il ainsi voulu la saisir en passant

Et dans un flot de plis, de creux et de rubans,

La tenir un instant, ne faire qu’un avec elle?



A toi


De corps et de tête

Tu fus la tempête.

Bel adolescent

Aux émois troublants,

Vil faune et satyre,

Tu défies le temps.


Tes amours passées,

Tes folles pensées

T’ont fait déprécier

Et pourtant !


Une vie éphémère

Des amours vulgaires,

Tu fus un enfant

Et tu es le vent;


Sous ton front têtu,

Que de rêves perdus !

Dans tous tes écrits

Que de vaines folies !


L’absinthe des mots

S’est changée en rimes;

Maintenant tes vers Sont devenus hymnes !










Le monde est épris.


Les années s’écoulent,

Tu es dans la foule.


Parmi nous présent, Toujours un enfant,

Parmi nous aimé,

C’est pour toi l’année

De la reconquête

Des mille et une fêtes.


Chacun de nous peut

En toi se construire

Chacun de nous veut prendre un peu ta lyre.


Chacun de nous croit

En suivant tes pas

Devenir peut- être

Un instant poète.


                   

Hommage à RIMBAUD

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !



Arthur Rimbaud