LE CHÂTEAU DU DIABLE

Le château du diable


Un seigneur, pour sa dame que l’on disait très belle,

Voulait une grande demeure, ou mieux, un beau castel.

Ne pouvait sans argent bâtir tel édifice

C’eut été pour sa bourse un top grand sacrifice.


Bien que la gente dame n’eût fait aucun reproche,

L’époux se lamentait, se confiait à des proches.

Aussi pauvres que lui, bien que compatissants,

Ils ne pouvaient l’aider, soulager son tourment.



Un jour, se présenta, au logis du seigneur,

Un homme qui, sans ambages, lui promit le bonheur.

Il bâtirait une tour, ou mieux un grand château

Sur la montagne proche, à l’endroit le plus haut.


Car le lieu est superbe, il domine la vallée

Où coule la Semoy qui baigne les rochers ;

Là où poussent des genêts, des fleurs et la forêt

Qui abrite dit- on des nymphes, amies des fées.


Le seigneur aussitôt accepte le marché

Semblant avantageux que propose l’étranger.

L’homme lui demande son âme en échange d’un château

Ce serment semble-t-il est un royal cadeau.


Satan, à cet instant, se dévoilant enfin,

S’enfuit en ricanant par les bois et chemins

Il alerte à grands cris ses gens tremblants de peur,

Ils doivent au chant du coq terminer le labeur.



Ainsi toute la nuit, le chantier gigantesque

Qu’éclairent les feux follets est devenu dantesque.

Satan est sans pitié, n’accorde aucun repos

A tous ces malheureux, ouvriers infernaux.


 Les gens de la vallée, d’Haulmé et Tournavaux,

Réveillés par le bruit, regardent vers les hauts

Où s’agitent des feux, des ombres, des silhouettes.

Les femmes se signent et prient, mortellement inquiètes.



Le château a pris forme, dans la nuit finissante.

Il est majestueux, sa masse est imposante.

«Il semble défier le ciel ! » dit Satan qui savoure

Par avance son succès, tout en haut de la tour.


L’épouse du seigneur fut soudain réveillée

Par un pressentiment, qu’elle voulut apaiser.

Elle s’en va vers l’église pour sonner le tocsin

Mais la corde est coupée, c’est l’œuvre du Malin !


C’est à ce moment-là que  l’un des coqs, soudain,

Eclairé par la lampe que la Dame tient en main,

S’éveille brusquement, et, devançant l’aurore,

Pousse un cocorico, on ne peut plus sonore.


Le diable a entendu le chant victorieux,

Le serment est rompu ; il regarde les cieux.

Les étoiles pâlissent dans l’aube rougeoyante.

Du château démoniaque, une pierre est manquante.



Pris d’une rage folle, Satan frappe du talon

Le mur de pierres énorme, et aussi le donjon.

Dans la vallée résonne au loin le grondement

Des blocs et dans le sol, on sent un tremblement.


Des grands rocs de la tour, il reste le plus haut,

Celui duquel Satan dirigeait les travaux,

Alors que tout en bas auprès de la rivière

Roule la roche du Diable qui sera meurtrière.



La belle dame fut frappée par la chute du rocher ;

Parmi toutes les fleurs, son corps fut retrouvé.

Ecrasé de douleur, le mari bouleversé

Ne put imaginer sa vie sans l’être aimé.


A l’aide de ses mains nues, il creusa sous la pierre

Un tombeau pour tous deux, tout fleuri de bruyère.

Cette dalle singulière fut leur dernière demeure,

Et à chaque printemps, elle se couvre de fleurs.