Le Duc Beuves d’Aygremont n’ayant point de lignée,

Au bout d’une longue attente put enfin espérer.
La Duchesse d’Aygremont, fille d’Arnaud de Monclerc,

Se trouvait fort enceinte et en était très fière.
Aux fêtes de Pentecôte, au palais d’Aygremont,

Le Duc tint cour plénière, invitant les barons.


Au service de Dieu ils purent tous assister,

Et après le dîner, damoiseaux, chevaliers,

Levèrent le bouhours, car ils voulaient jouter.

Le Duc, à cet effet, ordonna d’équiper

Le chariot pour sa femme, sur le point d’accoucher.

Elle avait à sa suite, pour se rendre à la cour,

Deux pucelles choisies, demoiselles d’atours

Ysane était sa sœur, en tout point amicale,

Et l’autre était esclave, mais fille d’amiral

Volée par les gaillots, lesquels la vendirent.
Mais dame d’Aygremont s’y étant attachée

Aurait grande douleur d’en être séparée.


En ces temps si lointains, la grande dissension

Qui opposait alors le Duc Beuves d’Aygremont

Au sieur Sorgalan, seigneur d’Esclauonie

A fait place à une trêve qui prend fin aujourd’hui.

En ce jour de Pentecôte chevauche Sorgalan

Pour affronter le Duc, la haine le tenaillant.

Mais Beuves n’en a cure, s’amusant pour l’instant

D’assister à la fête avec les jeunes gens.




Quand la cloche appela aux vêpres les joueurs,

La Duchesse fut prise de violentes douleurs.

Le Duc fit amener le chariot à l’écart

Afin que sa femme puisse enfanter sans retard.

Et la Duchesse en pleurs fut enfin délivrée

Donnant deux fois le jour à deux beaux nouveaux-     nés.


Ysane les enveloppe, et la dame d’Aygremont

N’ayant pas eu le temps de leur donner un nom

Accroche à leur oreille deux de ses beaux anneaux.
   Pour mieux les distinguer, l’un d’eux porte un joyau.

Cette pierre, justement, aux pouvoirs fabuleux,

Qui la possède ne craint ni les hommes, ni les dieux.

La naissance remplit le seigneur d’émotion,

Il demande qu’on ramène au château d’Aygremont

La mère accompagnée des enfants nouveaux- nés

Pour que le Duc enfin puisse les admirer.



Mais avant d’arriver, ils furent assaillis

Par le Sieur Sorgalan qui les prit à partie.

La bataille fut rude avec les gens d’escorte

Mais l’attaque ennemie fut pourtant la plus forte.

La Duchesse et ses gens se cachèrent hors chemin.
Un homme de Sorgalan, Tapinel le vilain,

Découvre la Duchesse cachée et ses enfants ;

Il enlève l’un d’eux et l’emmène vers Montbran.

La jeune esclave survient et enlève le second.
De retour à Montbran avec l’un des enfants,

A la Dame Sorgalan, Tapinel le vend.

Le second des jumeaux, par l’esclave emporté,

Se retrouve soudain sous un arbre esseulé :

L’esclave avait été la proie de grands félins

Qu’elle avait par malheur croisés sur son chemin.

Mais Oriande la bonne fée venant de Rochefleur,

Eut un pressentiment en entendant les pleurs.

« Pardieu » dit la bonne dame, cet enfant qui mal gît,

Nous lui donnerons un nom, il s’appellera Maugis.


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Maugis d’Aygremont