L’enfant, à Rochefleur, fut bien vite reconnu

Par son anneau doré, à l’oreille suspendu.

La pierre de couleur verte qui orne le joyau

Ne peut appartenir à quelque nobliau.

Le neveu d’ Oriande, en voyant le bébé

Déclara à sa tante : Je connais la lignée,

C’est le fils d’Aygremont, ils étaient deux enfants

Son frère fut vendu au seigneur de Montbran.

Alors dit Dame Oriande, qu’il soit donc baptisé,

S’il est de haut lignage, il sera éduqué.


Maugis grandit en âge, en force et en beauté.

Il apprenait les sciences, il était très doué.

De même, il n’ignorait aucun tour de magie,

Il connaissait l’avenir et la nécromancie.


Un jour, qu’avec Oriande, il longeait un rivage,

Il vit au loin une île, bordée d’une belle plage.

Qu’elle est donc cette terre d’où monte une fumée ?

Demande le damoiseau à sa compagne fée.

C’est l’île de Boucan, de triste renommée,

On dit qu’un beau cheval y est emprisonné.

Maugis, à ce moment, n’a en tête qu’une idée :

Je veux voir ce cheval, je veux le délivrer.

Impossible mon ami, il est trop bien gardé ;

Jusqu’à présent personne n’a pu s’en approcher.




Quelques semaines plus tard, Maugis parvient à faire

Un déguisement étrange, tout droit sorti d’enfer.

C’est ainsi affublé qu’il put se diriger

En bateau vers cette île qui semblait l’attirer.


    A peine débarqué, Maugis est remarqué

Par Roüart le gardien, c’est Satan incarné !

Qui l’interroge de suite, veut savoir d’où il vient,

Il veut être certain qu’il n’est pas homme de bien.

Maugis ment à Roüart, se charge de lourds péchés.

Pour gagner sa confiance, prétend avoir tué.

Sois donc le bienvenu, dit Roüart accueillant

Maugis qui, déguisé, prépare un enchantement.

C’est une conjuration, mêlant le nom du Christ

Et de Saint Nicolas, un sort machiavéliste

Et qui fige Satan, le rendant impuissant

A faire le moindre geste, le moindre mouvement.


Maugis entend Bayart, il veut le délivrer,

Tant pis si pour ce faire il doit être en danger.

Et l’épée à la main, avance dans les entrailles

De l’île de Boucan, prêt à livrer bataille.

Mais voici que survient un long serpent hideux :

Il est d’une taille énorme et il crache le feu.

C’est un serpent dragon, il peut se transformer

Et surprendre l’ennemi pour mieux l’exterminer.




Maugis ne recule pas, sa décision est prise,

Il tuera le dragon, la bête qui terrorise.

Parce qu’il est protégé par l’anneau et la pierre,

Il n’a aucune crainte, il frappe avec le fer.

Le serpent agonise, mortellement blessé.




Maugis va vers Bayart ; pour ne pas l’apeurer,

Il ôte son habit de diable et de sorcier ;

Et, pour le délivrer, il brise à coups d’épée

Les chaînes qui retenaient l’animal prisonnier.

Maugis monte le cheval, il devient familier.

Ils sortent au grand jour ; il lui parle doucement,

Et comme par magie le cheval le comprend.

Ils montent dans le bateau, ils vont vers Rochefleur

Retrouver leurs amis ; ils reviennent en vainqueur.



Maugis d’AYGREMONT

(Suite)